Le train qui m’amena loin de la maison

et laissa des traces indélébiles…

“Le train de la vie, c’est un petit train, qui va des montagnes de l’ennui aux collines de la joie.” Gilbert Bécaud

En route pour l’autre bout du monde

C’était un jour ensoleillé, à la gare de Bâle, en été 1964.

Le petit garçon avait à peine fêté ses 6 ans, lorsqu’il se trouvait seul à bord du train qui devait l’amener à l’autre bout du monde. Sa mère l’avait amenée et déposée dans le train, en partance pour le Valais, où il allait rejoindre ses grands-parents pour six semaines de vacances à l’alpage.

Destination finale : Brigue (Valais — Suisse)

Muni d’une ficelle avec une étiquette, autour du cou, avec une inscription de la destination finale — en gras et bien lisible — pour le contrôleur de billets à qui elle avait donné les instructions concernant son fils.

Il se sentait étonnamment bien et nullement abandonné par les siens.

Petit et prêt à tout

Rapidement, il se rendit compte que le fait d’être seul et si petit, dans un train qui allait parcourir une bonne partie du pays, allait lui donner des avantages très intéressants, ce qui était loin de lui déplaire.

Grand et fort

Assis, au milieu d’adultes et de familles, il se sentait grand et fort. Fier, mais tout de même un peu inquiet par moments, comme, lorsque le train entrait en gare de Berne, et qu’il ne savait pas s’il devait descendre ou rester dans le train.

Tout le train pour lui

Heureusement, le contrôleur l’avait pris sous son aile protectrice et était rapidement venu le rassurer. Mieux, pour lui dire qu’il pouvait rester à bord du train, alors que tous les autres voyageurs étaient invités à descendre du train.

Nourris à l’œil

Encore mieux, il avait l’autorisation d’aller dans le wagon restaurant pour y passer le temps de l’arrêt. A peine arrivée, en compagnie du contrôleur, des personnes aimables l’ont immédiatement pris en charge, en lui servant un bouillon avec un œuf — qu’il aimait tellement — et une boisson sucrée, que du bonheur…

La fin du voyage

Arrivé à destination, son oncle l’attendait à la gare pour l’amener chez ses grands-parents. Si d’un côté il était heureux d’être arrivé, de l’autre il restait encore un moment dans les pensées de ce qui venait se passer.

La situation : irresponsable !

Direz-vous… oui, dans un certain sens cela l’était peut-être mis à l’échelle de 2016.

Pourtant, c’est une situation, mis dans son contexte, a eu des répercussions sur toute sa vie. Si pour certains c’est le choc émotionnel majeur assuré, pour lui cela fut plutôt positif. 

Une question de fond

Le petit garçon, vous l’aurez peut-être compris, c’était moi. Et, de cette expérience, j’en garde un très bon souvenir. Elle m’a permis de devenir ce que je suis ; une personne autonome, confiante et ouverte au monde et à la vie.

Malgré tout, et dans le contexte actuel, je n’encourage personne de le faire avec un enfant du même âge. Cela d’autant plus que la chance serait grand de vous faire enfermer pour négligence grave et d’irresponsabilité… Peut-être que ce serait que justice.

Qui sait… !